Le bon fonctionnement des secteurs régulés comme les télécommunications, l'énergie, les services financiers ou les transports repose sur une gestion rigoureuse des compétences critiques. À la fois spécifiques à chaque métier et transversales entre les secteurs, ces compétences sont structurantes pour stimuler l'innovation et s'adapter aux transformations rapides du marché. Pourtant, leur mise en œuvre et leur maintien représentent un défi majeur pour les pôles Learning & Development (L&D). Comment la conformité peut-elle devenir un levier de performance grâce au suivi et à la certification des compétences critiques ?

L'enjeu humain des compétences critiques dans les secteurs régulés

Un papy-boom qui accélère la pénurie de compétences spécialisées

La France connaît un "papy-boom" depuis les années 2010 qui s'intensifie et accroît la pénurie de talents dans les secteurs régulés. L'industrie de la défense fait par exemple face à des départs massifs et concomitants de personnels qualifiés. La majorité des détenteurs de compétences critiques quittent leurs fonctions sans qu'un processus de transmission pérenne ait été mis en place.

L'industrie française éprouve par ailleurs des difficultés à recruter depuis de nombreuses années. Les besoins en profils d'ouvriers très qualifiés et de techniciens spécialisés restent largement non couverts. Le pôle L&D est confronté à la difficulté de préparer la génération intermédiaire de collaborateurs vers les postes d'experts, alors même que la fenêtre de transfert des savoirs se réduit avec chaque départ non anticipé. Le suivi et la certification des compétences critiques permettent d'optimiser la gestion des risques, l'innovation et la conformité.

La conformité réglementaire comme levier de performance

Les entreprises qui réussissent à faire de la conformité réglementaire un levier de performance bénéficient d'un avantage concurrentiel mesurable. Les structures régulées doivent respecter un ensemble complexe d'exigences pour maintenir leur réputation et éviter des sanctions légales.

Les réglementations sur l'étiquetage et la sécurité des aliments garantissent la santé des consommateurs dans le secteur alimentaire. Les acteurs financiers se conforment aux normes strictes des autorités de régulation en matière de lutte contre le blanchiment d'argent et de transparence. La mise en œuvre de ces directives mobilise des soft skills comme la pensée critique, l'autorégulation, l'ouverture d'esprit et la capacité de prise de décision. La rapidité avec laquelle les normes évoluent peut par ailleurs rendre obsolètes les pratiques actuelles, ce qui oblige les directions RH à s'adapter en permanence.


Identifier et protéger les compétences critiques

Criticité vs rareté : une distinction structurante

85 % des métiers à l'horizon 2030 n'existent pas encore. Le Baromètre international Cegos souligne le risque imminent d'obsolescence des compétences pour 42 % des emplois actuels. Face à cette accélération, le principal défi du pôle L&D réside dans l'identification claire des compétences critiques.

Ces compétences résultent d'un parcours professionnel long, indispensable pour l'acquisition de connaissances et d'expériences profondes. Il est structurant de distinguer la "criticité" d'un savoir de sa "rareté" : les compétences rares sont peu utilisées au vu de l'activité de l'organisation, et peu de collaborateurs les maîtrisent. Les savoirs critiques désignent, en revanche, toutes les aptitudes obligatoires en raison de la réglementation ou de la particularité d'un secteur. Ils englobent toutes les compétences essentielles à la durabilité et à l'essor de l'activité.

La formation continue pour contrer l'obsolescence

Toute expertise nécessite une actualisation régulière pour éviter l'obsolescence. Le pôle L&D s'assure que chaque expert consolide et développe ses propres savoirs à travers un plan de formation adapté. Les leviers disponibles sont variés : intégrer des mises à jour dans les parcours professionnels via le benchmarking et les salons professionnels, organiser la montée en compétences autour d'une plateforme de formation intégrée, encourager les Actions de Formation en Situation de Travail (AFEST). Les conversations apprenantes et les sessions de validation des soft skills facilitent l'onboarding des nouvelles recrues. Les modules e-learning et les formations internes complètent ce dispositif pour assurer la transmission des compétences critiques.


Mettre en place une stratégie L&D adaptée aux secteurs régulés

Structurer la cartographie des savoirs critiques

La gestion des compétences critiques commence par leur cartographie. Recenser les aptitudes stratégiques de chaque poste, identifier qui les détient et évaluer le niveau de maîtrise de chaque collaborateur donne une vision précise des forces et des fragilités de l'organisation. Cette cartographie dynamique permet d'anticiper les départs à risque et d'organiser les transferts de savoirs avant que la compétence ne soit perdue.

Un référentiel de compétences critiques bien construit aligne les objectifs de formation sur les exigences réglementaires et les priorités stratégiques de l'organisation. Il sert de boussole au pôle L&D pour prioriser les actions, personnaliser les parcours de montée en compétences et déployer les bons formats pédagogiques en fonction du niveau de maîtrise de chaque expert.

Agir avant l'urgence : adopter une posture proactive

Le Baromètre "Transformations, Compétences & Learning 2024" de Cegos confirme que pour 36 % des salariés français, les entreprises apportent une réponse tardive aux besoins de formation. Dans les secteurs régulés où les compétences critiques sont à la fois rares et stratégiques, cette réponse tardive peut avoir des conséquences opérationnelles et réglementaires sévères.

Développer une posture proactive, qui anticipe les besoins en compétences avant qu'ils ne deviennent urgents, est la condition d'une gestion des savoirs critiques réellement efficace. Cela passe par un alignement entre la stratégie de conformité et les plans de développement des compétences, avec des indicateurs de suivi réguliers pour mesurer l'évolution des niveaux de maîtrise et ajuster les priorités en conséquence.