Les entreprises font face à un changement profond dans les attentes de ceux qu'elles cherchent à recruter et à fidéliser. La génération des 18-35 ans redéfinit les conditions dans lesquelles elle accepte de s'engager professionnellement : sens, autonomie, flexibilité, alignement avec ses valeurs. Comprendre ces attentes, c'est se donner les moyens d'y répondre concrètement et de construire une organisation dans laquelle les collaborateurs ont envie de s'investir et de rester.

Une génération qui revendique le choix et le sens

Une quête d'autonomie accélérée par la crise sanitaire

La génération des 18-35 ans entend exercer pleinement sa liberté de choix, y compris dans sa vie professionnelle. Thomas Golovodas et le journaliste Mathias Thépot le formulent sans détour : "Pour notre génération, tout est question de choix. Nous sommes libres de choisir : notre vie, notre intimité, notre travail, nos convictions. (…) Si notre société prend une direction, c'est que nous l'acceptons. Nous en sommes comptables."

Cette revendication d'autonomie ne signifie pas un désengagement au travail. Elle s'accompagne d'une exigence forte de sens : ne pas s'investir pour de faibles résultats, trouver un rôle qui compte, exercer un métier aligné avec ses propres valeurs. La crise sanitaire a amplifié ces aspirations en agissant comme un révélateur : le temps est précieux, et le travail doit le mériter. Les nouvelles générations veulent exercer un métier qui leur plaît, dans de bonnes conditions, avec de la flexibilité, moins de contraintes et des missions qui font sens.

La mobilité professionnelle, nouvelle norme

Il est aujourd'hui rare de voir des collaborateurs passer l'intégralité de leur vie professionnelle dans la même entreprise. Les Français restent en moyenne 10 ans auprès du même employeur, ce qui les situe dans la moyenne européenne. Pour les nouvelles générations, même cette durée semble longue.

Cette mobilité se manifeste concrètement dans les entreprises. Le directeur général de Proman l'observe dans sa propre société d'intérim : de plus en plus d'intérimaires, de permanents, voire de salariés "passent à autre chose, partent pour changer de métier." La transformation de la société et l'évolution des modes d'éducation ont profondément modifié le rapport au travail. Changer d'entreprise, voire de secteur, n'est plus vécu comme un risque mais comme une progression naturelle.


Des chiffres qui témoignent d'un changement de fond

Une vague de ruptures contractuelles sans précédent

Ce changement d'attitude se traduit en données concrètes. Plusieurs mouvements ont émergé pour dénoncer des conditions de travail jugées inacceptables, des témoignages sur les réseaux sociaux aux mouvements plus organisés comme le mouvement anti-work. Ces signaux sociaux s'accompagnent de statistiques significatives.

Selon la Direction de l'Animation de la Recherche, des Études et des Statistiques (DARES), le niveau de démission en France était, en juillet 2021, supérieur de 19,4 % à celui de 2019 pour les CDI. Pour les CDD, les ruptures anticipées dépassaient de 25,8 % le niveau observé deux ans plus tôt. Des chiffres qui illustrent une tendance de fond, pas un phénomène passager.

Le recrutement des talents, première préoccupation des dirigeants

Cette réalité pèse directement sur les entreprises. Selon une étude du cabinet Deloitte, 73 % des dirigeants estiment que la difficulté à recruter les meilleurs talents représente la première menace pour leur organisation. Face à des collaborateurs qui n'hésitent plus à partir et à une génération qui fixe ses propres conditions d'engagement, les organisations doivent repenser leur proposition de valeur employeur.


Ce que les 18-25 ans attendent réellement

Un travail aligné avec leurs valeurs

La nouvelle génération ne cherche pas seulement un emploi : elle cherche du sens. Julien Fanon, directeur exécutif talents et organisation du groupe de conseil Accenture, l'observe : "C'est une préoccupation croissante des jeunes de trouver, dans leur travail, une mission qui réponde aux problèmes sociétaux."

Les chiffres confirment cette orientation : 78 % des 18-25 ans affirment qu'ils n'accepteront pas un emploi qui n'a plus de sens pour eux. La mission, les valeurs de l'entreprise et l'impact de son activité sont devenus des critères de sélection au même titre que la rémunération ou les perspectives de progression.

Les atouts et les freins qu'ils identifient eux-mêmes

Les 18-25 ans ont une lecture précise de ce qui facilite ou freine leur accès à l'emploi. Ils identifient trois atouts principaux pour être recrutés : la personnalité et le niveau de diplôme, l'expérience professionnelle, et la cohérence du parcours. Des critères qui révèlent une génération consciente de ce qu'elle apporte et attentive à la façon dont elle se présente.

Du côté des freins, trois obstacles reviennent : le manque d'expérience, les discriminations fondées sur le genre, la validité, l'orientation sexuelle ou l'appartenance religieuse, et le manque de réseau combiné à la concurrence entre candidats et à la situation économique des entreprises. Ce regard lucide sur les barrières à l'entrée témoigne d'une génération qui analyse son marché de l'intérieur.


S'adapter pour attirer et fidéliser ces nouvelles générations

Des conditions de travail qui sont devenues des attendus

Pour répondre aux attentes de ces nouvelles générations, les entreprises disposent de plusieurs leviers. Les outils collaboratifs, le travail hybride, la semaine de quatre jours ou encore l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée ne sont plus des avantages différenciants : ils sont devenus des conditions de base. Les organisations qui ne les intègrent pas dans leur offre employeur s'exposent à des difficultés croissantes pour attirer et retenir les profils qu'elles recherchent.

Cette adaptation se construit progressivement, à partir d'une écoute réelle des attentes exprimées par les collaborateurs en poste et par les candidats. Les équipes RH et les managers ont ici un rôle structurant : identifier les signaux faibles, comprendre ce qui crée de l'engagement et ce qui génère du départ.

De petites évolutions qui changent tout

Il ne s'agit pas toujours de transformations radicales. Des ajustements ciblés, bien pensés et bien communiqués, peuvent avoir un impact significatif sur l'attractivité d'une entreprise. Mettre en place un format de travail flexible, structurer un parcours d'intégration qui donne du sens dès le premier jour, créer des espaces d'écoute réguliers : autant d'évolutions concrètes qui signalent aux candidats et aux collaborateurs que leur rapport au travail est compris et pris en compte.

Comprendre les attentes des nouvelles générations n'est pas une fin en soi. C'est un point de départ pour construire une organisation dans laquelle chaque collaborateur a envie de s'investir, de progresser et de contribuer à la performance collective.