Le marché mondial de l'intelligence artificielle était déjà estimé à 327 milliards d'euros en 2021. Depuis, les outils ont proliféré et les IA conversationnelles comme ChatGPT ont rendu le sujet concret pour des millions de personnes. Dans les organisations, 45 % des entreprises voient dans l'IA un levier pour améliorer le travail à distance. Et 57 % des collaborateurs y perçoivent une opportunité d'améliorer leur propre expérience. La question n'est donc plus de savoir si l'IA va transformer les entreprises, mais comment en tirer parti de façon structurée, sans perdre de vue les collaborateurs qui les font fonctionner au quotidien.
L'IA en entreprise : de quoi parle-t-on concrètement ?
Pour beaucoup, l'intelligence artificielle reste un concept flou, à la fois partout et difficile à saisir. Revenir aux usages réels permet de clarifier ce dont il est question et de poser un cadre clair pour agir.
Cinq usages qui structurent déjà les organisations
En 2021, les applications de l'IA dans les entreprises se répartissaient en cinq grandes catégories : la gestion des risques, fraudes et menaces de cybersécurité ; l'amélioration de l'éthique et la détection des discriminations ; une aide aux collaborateurs pour prendre de meilleures décisions ; l'analyse de scénarios via des simulations de modèles ; et l'automatisation des tâches de routine.
Ces usages couvrent à la fois des enjeux globaux, comme la maîtrise des risques à l'échelle de l'organisation, et des enjeux individuels, comme la simplification des tâches répétitives pour chaque collaborateur. C'est l'une des particularités de l'IA : elle s'adresse simultanément à toutes les strates de l'entreprise, de la direction aux équipes opérationnelles.
Un sujet qui touche tous les métiers et toutes les fonctions
Le marché mondial de l'IA devrait atteindre la moitié de mille milliards d'euros dans les prochaines années. Tous les secteurs sont concernés, toutes les fonctions, tous les métiers. Pour chaque poste, la question de la transformation partielle ou totale des missions est désormais posée.
Ce n'est pas uniquement un sujet technologique : c'est aussi un sujet humain. Développement des collaborateurs, suivi des compétences, formations, management... Toutes les composantes de l'expérience collaborateur ont vocation à être traversées par l'IA. La bonne nouvelle : 57 % des collaborateurs y voient une opportunité d'amélioration, pas une menace.
Transformation des métiers : les enjeux pour les entreprises et leurs équipes
La transformation induite par l'IA ne se limite pas à une question d'outils. Elle interroge l'organisation dans sa globalité, les priorités des équipes RH et la façon dont les entreprises accompagnent leurs collaborateurs dans la durée.
Des carrières en pleine recomposition d'ici 2030
Les chiffres donnent l'ampleur du changement à venir. Entre 75 et 375 millions d'employés dans le monde vont être amenés à réévaluer leur carrière et à se repositionner sur de nouveaux métiers d'ici 2030. Plus de 30 % des heures travaillées pourraient être automatisées sur la même période. Et entre 8 et 9 % de la demande de travail en 2030 se situera dans les nouvelles technologies.
Pour les collaborateurs, les trajectoires professionnelles vont se recomposer à un rythme soutenu. Certains verront leurs opportunités se multiplier, d'autres devront s'adapter à des transformations profondes de leurs missions. Les outils continueront d'évoluer, de nouveaux métiers émergeront, et le temps d'adaptation sera souvent limité. La réponse à ces changements arrivera fréquemment a posteriori des choix effectués.
L'expérience collaborateur au coeur de la transition
Pour les entreprises, l'enjeu est double. Revoir l'organisation, les équipes et les outils pour atteindre les objectifs, tout en maintenant une expérience collaborateur de qualité dans un contexte incertain. Sans visibilité précise sur les 85 millions d'emplois susceptibles d'être remplacés à horizon proche, la marge pour construire des parcours engageants se réduit.
C'est précisément ici que les données remontées par les collaborateurs terrain prennent toute leur valeur. Les exploiter pour ajuster les formations, faire évoluer les postes et éclairer les décisions managériales : c'est le levier le plus concret pour adapter l'expérience collaborateur à la réalité de la transformation en cours.
Avantages et limites des assistants IA : ce qu'il faut garder en tête
Les assistants IA, qu'ils soient conversationnels, vocaux ou génératifs, offrent des apports réels à différentes strates de l'entreprise. Ces bénéfices ont toutefois des conditions, et les limites du déploiement méritent d'être nommées pour piloter l'adoption avec lucidité.
Des bénéfices concrets, à condition de maîtriser la donnée
Les outils d'assistance par intelligence artificielle permettent d'analyser des volumes importants de données, d'automatiser les tâches à faible valeur ajoutée, de personnaliser des parcours de formation ou de carrière, et d'améliorer la qualité des décisions en s'appuyant sur des données factuelles. Autant de leviers qui libèrent du temps pour les activités à plus forte valeur ajoutée.
Mais sans données fiables et accessibles, l'IA ne peut pas tenir ses promesses. Comme le souligne Françoise Mercadal-Delasalles, directrice des ressources et de l'innovation du groupe Société Générale : "le partage de la donnée est le problème principal". Pour qu'une IA soit réellement efficace, elle doit pouvoir puiser dans un maximum de données disponibles. "Tant qu'on n'a pas de data lake, on ne fait rien avec l'IA", précise-t-elle, en faisant référence à un réservoir de données partagé à l'échelle de toute une organisation.
Confiance et régulation : les conditions d'une adoption durable
Les réticences face à l'IA restent importantes : 7 consommateurs sur 10 expriment des inquiétudes, dont un quart autour de la question du contrôle exercé par les machines. Dans les organisations, la confiance dans les algorithmes est directement liée à l'existence d'un cadre réglementaire clair.
Une étude menée par AXA sur différents scénarios d'adoption à horizon 2030 le confirme : les algorithmes ne seront acceptés par la société que s'ils sont encadrés par un régulateur compétent. "L'acceptation sociale de la technologie influera sur son avenir", détaille Cécile Wendling. "Deux sujets peuvent faire peur : le doute sur la responsabilité en cas de problème et les craintes sur l'emploi." D'après l'OCDE, 9 % des emplois pourraient disparaître, remplacés par des algorithmes ou des robots. D'autres chercheurs avancent des estimations plus élevées. Dans tous les cas, c'est le cadre éthique et réglementaire qui conditionnera l'adoption durable de l'IA dans les entreprises.
Sources : Léo Duff, Passport-photo