Selon un sondage BVA mené par Salesforce, 54 % des salariés estiment que les entreprises ne prêtent pas assez d'attention à la transmission des savoirs. Dans les secteurs industriel et retail, cet enjeu est encore plus structurant : les savoirs métiers informels, issus de l'expérience terrain, conditionnent la pérennité des activités, la performance des équipes et la réussite de l'intégration des nouvelles recrues.

Comprendre la transmission des savoirs et son importance stratégique

La transmission des savoirs ne se résume pas à la documentation des processus. Elle couvre une part plus large et souvent invisible de l'intelligence terrain, celle qui ne figure dans aucun manuel.

Les savoirs informels terrain : un patrimoine immatériel critique

Au-delà des compétences validées par des formations ou des certifications, une grande part des savoirs se construit sur le terrain, au contact du réel. Observation, échanges entre pairs, gestes répétés : ces apprentissages informels sont au coeur de l'agilité opérationnelle. Souvent tacites, ils permettent de s'adapter, d'innover et de transmettre. Les valoriser, c'est reconnaître un patrimoine immatériel clé pour la performance collective.

Les managers peuvent mobiliser ce réservoir de connaissances pour résoudre des problèmes ponctuels liés à la chaîne de production, adapter les pratiques aux réalités du terrain et améliorer l'efficacité collective de l'organisation.

Les risques liés à la perte des savoirs terrain

Les environnements industriels se distinguent par leurs réglementations strictes, leurs processus complexes et la grande diversité des équipements. L'industrie fait par ailleurs face à un vieillissement de ses effectifs. Le nombre d'experts qui partent à la retraite s'accroît comme le confirme l'étude de la DREETS de Bourgogne Franche-Comté : 301 000 spécialistes sont concernés chaque année.

Sans une stratégie adaptée de management de la connaissance, ce flux de départs entraîne une perte de savoirs précieux et une baisse de productivité difficile à compenser. La perte des savoirs terrain pèse aussi sur la qualité et la rapidité de l'intégration des nouvelles recrues, qui éprouvent des difficultés à assimiler les connaissances nécessaires à leur métier.


Les leviers pour capitaliser les savoirs dans l'industrie et le retail

La transmission efficace des compétences est la clé pour capitaliser ces savoirs informels. Elle passe par une démarche structurée : identification, documentation, digitalisation et implication des collaborateurs expérimentés.

Identifier, documenter et digitaliser les savoir-faire clés

La première étape vers une transmission durable consiste à identifier et centraliser les gestes et processus métiers clés. La transmission du savoir dans l'industrie et le retail passe désormais par la digitalisation : les profils les plus expérimentés jouent un rôle central en documentant les bonnes pratiques et en transformant les connaissances tacites en un patrimoine collectif structuré et accessible à tous.

Des systèmes de partage de connaissances, guides d'utilisation et outils de suivi des compétences permettent de fluidifier cette démarche. Les équipes RH, formation et management peuvent ainsi adapter le transfert de compétences en fonction des évolutions réglementaires, technologiques ou organisationnelles.

Impliquer les collaborateurs expérimentés et valoriser leur expertise

Transmettre les connaissances, c'est aussi reconnaître et valoriser l'expertise des collaborateurs. Sans cette reconnaissance, des réticences peuvent apparaître, notamment de la part des profils seniors qui peuvent percevoir le partage de savoir comme une mise en cause de leur valeur ajoutée.

Le tutorat est à ce titre une approche particulièrement efficace : il renforce les compétences du tuteur tout en valorisant son rôle et son expérience. Un système de reconnaissance qui valorise les collaborateurs les plus engagés dans le partage de leurs savoirs encourage l'implication et contribue à installer une culture de transmission durable au sein des équipes.


Transformer la transmission en avantage compétitif durable

Une organisation tournée vers le développement des compétences crée les conditions du partage des savoirs, de l'acquisition des expertises et de l'amélioration continue.

Intégrer la transmission dans la stratégie RH et accompagner les équipes

Intégrer la transmission dans la stratégie RH suppose un processus structuré de transfert de connaissances, avec des étapes claires et des responsabilités définies à plusieurs niveaux. Déployer un réseau de tuteurs expérimentés, former les managers aux principes qui fluidifient la transmission, et instaurer une culture du retour d'expérience et du feedback sont les piliers de cette intégration.

Selon Edgar Dale et sa pyramide de l'apprentissage, l'être humain retient mieux ce qu'il expérimente de manière active. La transmission de connaissances repose sur des situations pratiques : simulations d'action, immersion dans des opérations concrètes, adaptation au style d'apprentissage et aux besoins de chaque apprenant. Un référentiel des compétences facilite cet ajustement.

Mesurer l'impact et piloter la transmission dans la durée

Des systèmes d'évaluation permettent d'assurer la pérennité du processus de transmission des savoirs. Des indicateurs clés (KPI), des sondages et des dispositifs de data visualisation permettent de mesurer l'efficacité des programmes de mentorat, des plans de formation et des initiatives d'apprentissage, puis d'apporter les ajustements nécessaires selon les retours des collaborateurs.

Faire de la transmission un pilier central de la culture d'entreprise, c'est créer les conditions d'un avantage compétitif durable : des équipes mieux intégrées, une productivité préservée face aux départs, et une organisation capable de capitaliser sur son intelligence terrain pour progresser collectivement.