Lors du webinaire « Compétences et cohésion: les deux leviers d’une performance qui s’inscrit dans la durée », Nazim Chibane, CEO et co-fondateur de Klara, et Brice Chapignac, CEO de SquadEasy, ont croisé leurs regards sur les conditions d’un engagement durable. Leurs échanges ont notamment mis en lumière le rôle du manager de proximité, la transmission des savoir-faire et la force du collectif dans la rétention des collaborateurs.

Ces trois leviers sont étroitement liés. En rendant la progression visible, en facilitant le partage des compétences et en reconnaissant la contribution de chacun, le manager de proximité aide les collaborateurs de premier plan à trouver leur place et à se projeter dans la durée. La fidélisation se joue ainsi dans les gestes managériaux du quotidien, au plus près de la réalité opérationnelle.

Pourquoi le manager de proximité joue un rôle central dans la rétention

Un collaborateur peut apprécier son métier, ses collègues et la mission de l’entreprise, puis commencer à envisager un départ s’il ne voit plus de perspective. La rémunération compte, bien sûr, mais elle ne répond pas à toutes les questions qui influencent la décision de rester : comment puis-je progresser ? Qui peut m’aider à franchir une étape ? Est-ce que mon travail est reconnu ? Ai-je une place identifiable dans l’équipe ?

Le manager de proximité est souvent la personne la mieux placée pour apporter des réponses concrètes. Il observe la réalité opérationnelle, connaît les contraintes du poste et peut relier les ambitions de l’organisation aux situations vécues par les équipes. Son rôle ne consiste donc pas seulement à organiser l’activité. Il consiste aussi à rendre la progression visible et à donner une direction lisible.

Donner de la visibilité sur la progression et les perspectives

La progression ne se résume pas à une promotion. Elle peut prendre la forme d’une nouvelle responsabilité, d’une compétence mieux maîtrisée, d’une plus grande autonomie ou d’une capacité à transmettre à son tour. Encore faut-il que ces avancées soient identifiées et nommées.

Un échange régulier permet de partir de faits simples : une situation que le collaborateur gère mieux, une difficulté qu’il a appris à résoudre, une compétence qu’il mobilise plus facilement. Le manager peut ensuite ouvrir la discussion sur la suite : quelle étape serait utile maintenant ? Quel accompagnement faciliterait cette progression ? Quelle expérience permettrait de consolider le savoir-faire ?

Cette visibilité réduit le sentiment de stagnation. Elle aide aussi le collaborateur de premier plan à se projeter sans lui imposer un parcours unique. La personnalisation prend alors tout son sens : chacun avance à partir de son niveau, de ses besoins et de ses aspirations, tout en restant relié aux priorités de l’équipe.

Faire sentir à chaque collaborateur qu’il compte dans le collectif

La rétention dépend également de la place que chacun pense occuper dans le groupe. Un collaborateur qui comprend l’utilité de sa contribution peut mieux relier son activité quotidienne à un objectif commun. Il voit comment son expertise aide un collègue, sécurise une opération ou améliore l’expérience client.

Le manager peut rendre cette contribution visible de plusieurs manières : remercier précisément une aide apportée, partager un apprentissage utile à toute l’équipe, associer les collaborateurs à la résolution d’un problème ou reconnaître une initiative qui facilite le travail collectif. La reconnaissance gagne en force lorsqu’elle s’appuie sur des faits et qu’elle montre l’effet produit.

Ce cadre nourrit un sentiment d’appartenance sans effacer les individualités. Le collaborateur sait ce qu’il apporte, mais aussi ce qu’il peut recevoir des autres. La relation devient plus équilibrée, plus lisible et plus propice à la continuité.


La transmission des savoir-faire, un levier concret d’engagement

La transmission des savoir-faire répond à un enjeu immédiat : préserver ce qui fonctionne et permettre à chacun de progresser. Elle répond aussi à un besoin humain. Partager une pratique, expliquer un geste métier ou accompagner une prise de poste permet de contribuer autrement. Le collaborateur expérimenté devient un appui de progression pour ses collègues, tandis que le collaborateur qui apprend trouve plus rapidement sa place.

Cette dynamique est particulièrement précieuse lorsque les compétences sont critiques ou difficiles à remplacer. Elle évite que les connaissances restent concentrées entre quelques personnes et renforce la continuité de l’activité. Pour qu’elle s’installe, elle doit toutefois être organisée dans le quotidien, avec un cadre simple et des occasions régulières de pratiquer.

Rendre les compétences visibles et partageables

La première étape consiste à clarifier les savoir-faire présents dans l’équipe. Qui maîtrise telle procédure ? Qui sait gérer une situation sensible ? Qui peut expliquer le fonctionnement d’un outil ou les points de vigilance d’une opération ? Cette cartographie n’a pas besoin d’être complexe. Elle peut partir des situations réellement rencontrées et des compétences mobilisées pour y répondre.

Le manager peut ensuite créer des passerelles : un binôme sur une activité, une observation croisée, une démonstration courte ou un retour d’expérience après une intervention. L’objectif est de faire circuler la connaissance sans transformer chaque transmission en formation longue. Une pratique expliquée au bon moment a souvent plus d’impact qu’un contenu éloigné du travail réel.

La transmission des savoir-faire devient ainsi un acte de management. Elle sécurise l’activité, valorise l’expertise et permet au collaborateur de premier plan d’apprendre auprès de ses pairs. Elle nourrit aussi la mobilité interne, car les compétences deviennent plus visibles et plus faciles à développer.

Transformer l’entraide en rituel managérial

L’entraide existe rarement par simple déclaration. Elle a besoin de temps, de repères et d’une reconnaissance explicite. Un rituel peut prendre la forme d’un quart d’heure consacré à une pratique métier, d’un point d’équipe autour d’une difficulté rencontrée ou d’un partage mensuel entre collaborateurs exerçant des rôles différents.

Le manager donne le ton en posant des questions concrètes : qu’avons-nous appris cette semaine ? Quelle méthode peut aider l’équipe ? De quel soutien avons-nous besoin ? Ces questions déplacent l’attention de la seule performance individuelle vers la capacité du collectif à progresser ensemble.

Le format doit rester accessible à tous les profils. Certains prendront facilement la parole, d’autres préféreront préparer un exemple ou contribuer par écrit. Une approche inclusive permet à chacun de trouver sa manière de participer. Le collectif gagne alors en cohésion sans demander aux collaborateurs de se conformer à une seule façon d’être engagé.


Comment agir au quotidien pour fidéliser durablement

La rétention ne repose pas sur une action isolée. Elle se construit par la cohérence entre le discours de l’organisation et l’expérience vécue dans l’équipe. Le manager de proximité peut jouer ce rôle de continuité en reliant les objectifs, les compétences et les relations de travail.

L’enjeu est de rester concret. Une démarche utile commence par l’écoute des raisons qui favorisent l’engagement ou qui fragilisent l’envie de rester. Elle se poursuit avec quelques rituels tenables, puis s’ajuste à partir des retours du terrain.

Installer des points de suivi simples et réguliers

Un entretien annuel ne suffit pas toujours à rendre la progression visible. Des points plus courts permettent de suivre les évolutions au fil de l’activité. Le manager peut consacrer un temps à trois questions : qu’est-ce qui avance ? Qu’est-ce qui freine ? De quoi as-tu besoin pour la prochaine étape ?

Ce rythme crée une continuité. Il permet de traiter une difficulté avant qu’elle ne s’installe et de reconnaître un progrès lorsqu’il est encore récent. Il facilite aussi l’accompagnement différencié : certains auront besoin de pratiquer davantage, d’autres de recevoir un retour, d’autres encore de prendre en charge une situation nouvelle.

Ces échanges sont particulièrement utiles lors de l’arrivée d’un nouveau collaborateur. Les premières semaines donnent le ton de la relation avec l’équipe. Un point régulier aide à comprendre les attentes, à identifier les repères manquants et à créer rapidement des liens avec les collègues. L’onboarding devient ainsi une première étape de la rétention, et non un simple parcours administratif.

Articuler progression individuelle et performance collective

Une équipe solide ne dépend pas d’un seul collaborateur très performant. Elle avance lorsque les compétences se diffusent et que chacun peut contribuer à un niveau qui renforce l’ensemble. Le manager peut donc fixer des objectifs individuels tout en donnant une place aux objectifs partagés : transmettre une méthode, soutenir un collègue, améliorer un parcours ou sécuriser une étape de production.

Cette articulation évite d’opposer réussite personnelle et intérêt collectif. La progression d’un collaborateur devient un soutien pour les autres, et l’entraide devient un facteur de maîtrise opérationnelle. La performance gagne en continuité, car elle repose moins sur quelques personnes et davantage sur une capacité collective à apprendre et à s’adapter.

Mesurer les signaux de rétention sans réduire l’engagement à un indicateur

Les indicateurs peuvent éclairer une situation, à condition de rester reliés à la réalité. Le manager et les équipes RH peuvent observer la participation aux rituels, la circulation des compétences, la qualité de l’onboarding, les demandes de mobilité ou les signaux de désengagement. Ces éléments ne remplacent pas le dialogue. Ils aident à poser de meilleures questions.

Un collaborateur qui participe peu à un rituel n’est pas nécessairement désengagé. Il peut manquer de temps, ne pas trouver le format adapté ou ne pas comprendre son utilité. L’analyse doit donc croiser les données factuelles avec les retours des équipes. Cette lecture permet d’ajuster les pratiques plutôt que de chercher une solution uniforme.

Le manager de proximité devient alors un véritable point d’appui pour la rétention. En rendant la progression lisible, en facilitant la transmission des savoir-faire et en cultivant une cohésion concrète, il aide chaque collaborateur de premier plan à trouver sa place et à envisager la suite. La fidélisation se construit dans cette continuité, au plus près du travail réel.