La transparence des salaires, entre (r)évolution et risque

La transparence des salaires est aujourd’hui à l’origine de nombreux débats. Nous le savons tous, parler d’argent en France est tabou, mais honnêtement, qui n’a jamais voulu savoir combien gagnent ses collègues et son chef ?

De nombreuses entreprises font aujourd’hui le choix d’une transparence sur le sujet des salaires. Un bouleversement qui va à contre-courant des coutumes présentes dans les entreprises depuis de nombreuses années déjà.

Pourquoi est-ce tabou de parler d’argent en France ?

Selon un sondage Ifop, 78% des Français estiment « mal perçu » le fait d’être riche en France. On en conclut ainsi qu’au-delà d’une simple idée reçue, il y a derrière ce tabou une réelle difficulté des Français à s'exprimer sur le plan de l’argent.

Comme nous l’expliquait Marcel Mauss dans Essai sur le don, la notion de don-contre don est propre à toutes les sociétés et évolue dans le temps. Alors que chez les sociétés archaïques potlatch et kula (tribus des îles Trobriand et Nord-Ouest américain) l’échange se faisaient avec des bracelets contre des colliers, ici, on échange du temps et du travail contre de l’argent. Pourquoi avoir honte d’avoir gagné cet argent ?

Notre rapport à l’argent, comme nous l’explique Max Weber dans l’Ethique protestante et l’esprit du capitalisme, questionne une inégalité existentielle, c’est le signe de quelque chose d’ontologique, qui relève de l’être.

Les sociologues, eux, apportent 3 explications quant à ce tabou de l'argent :

  • L’influence de la religion catholique, avec l’avarice comme l’un des 7 péchés capitaux, qui rappelle que l’enrichissement est mal, qu’il faut aider les plus démunis et ne pas vouloir son enrichissement personnel. Une diabolisation de l’argent s’est ancrée dans les esprits, tandis que celle du pauvre est dépeinte comme quelqu’un de simple et bon.
  • L’influence du marxisme qui insiste sur le fait que l’argent est mauvais par essence et que la recherche du profit amène à la destruction.
  • L’influence de l’héritage « paysan » qui caractérise la France. Dans l’ancien temps, les paysans avait pour habitude de garder leurs économies chez eux, il était donc plus prudent pour eux d’éviter de parler de leur fortune.

De nombreux pays ayant évolué différemment ont une autre approche quant à l’argent. Chez nos amis Américains, la maxime “Time is Money” place l’argent au centre, il est le miroir de la réussite. Pour nos voisins anglo-saxons, qui eux, sont de culture protestante, le rapport à l’égard de l’argent est libre et positif.

L’argent est ainsi lié à leur rapport à Dieu mais pas de manière péjorative. Pour eux, si on a de l’argent, c’est que Dieu l’a voulu ainsi. Les notions des salaires sont aussi différentes. Il est possible en Norvège de demander n’importe quelle fiche de paie au Centre des Finances Publiques. Nous sommes en France autant obsédés par l’argent que crispés au moment d’en parler.

Le président de l'Institut Elabe, Bernard Sananes, nous explique que « le changement est très net dans les sondages, la première préoccupation est désormais le pouvoir d’achat alors qu’auparavant, le chômage arrivait en tête. ».

Les Français n’aiment pas parler d’argent, autant qu’ils n’aiment pas les gens qui en possèdent trop, et cela se répercute dans un premier temps chez nos politiques. « Je n’aime pas les riches » nous dit François Hollande en 2006. Avant lui, c’est Mitterrand qui lors de son discours Congrès d’Epinay, annonce "L'argent qui corrompt, l'argent qui tue, l'argent qui pourrit jusqu'à la conscience des hommes. » Peu importe son parti politique, l’argent est toujours vu du côté du mal, l’argent n’est pas bon, c’est ce qui corrompt.

Les Français veulent gagner de l’argent, ils veulent être riches, mais sans faire de bruit. L’argent n’est pas d’or, c’est le silence qui l’est.

L’argent, forcément mauvais ?

Lorsque l’on pense à quelqu’un qui possède beaucoup d’argent, la majorité pense de prime abord qu’il a acquis sa fortune par le biais de moyens malhonnêtes. Beaucoup ont donc cette vision des personnes riches comme des personnes mauvaises. Selon une étude menée par l'Ifop, 82% des Français pensent que les personnes fortunées n’ont pas un comportement exemplaire. Il faut dès lors se détacher de ces idées reçues.

Certes, certains ont acquis leurs richesses sans forcément beaucoup de sacrifice ou de travail derrière, mais cela n’en fait pas une majorité. Ne pas forcément lier la richesse à ceux qui l’ont obtenue de façon malhonnête. Pour certains, l’argent est ce qui amplifie les personnalités, ce qui va concrétiser vos projets, vous mener à la réussite, qu’ils soient bons ou mauvais.

Cet argent est au cœur de nos vies, on travaille pour lui, la majorité de nos activités professionnelles et personnelles tournent autour de cet objectif. Sans pour autant tomber dans l'exagération, où la pensée de l’argent rythme nos quotidiens au point d'en devenir une obsession, voire une raison de vivre. Il faut simplement sortir de cette idée ou l’argent est mauvais alors qu’il peut être à la source de bonnes causes et actions. Il faut garder un certain équilibre à son sujet, gardez en tête que c’est avant tout un simple moyen d’échange.

Une génération moins complexée ?

Osez en parler, c’est décomplexer le cliché autour de ce sujet. Pour Freud, le fait de parler d’argent revient à interroger nos motivations profondes, ce qui pour lui est un retour sur ce que nous avons et ce que nous voulons, ce qui nous frustre et nous manque, nos impuissances et nos rêves. L’argent n’est rien, il n’est qu’un objet auquel on doit donner du sens.

La nouvelle génération et ses nouveaux objectifs, projets ainsi que modes de vie et pensées amènent une transparence à ce sujet. Le tabou de l’argent est de moins en moins présent avec l'émergence à la fois de l’information de masse et la précarisation qui touche la génération Z. Celle-ci est prête à parler librement d’argent.

On a donc fait l’expérience, demandant à des personnes de différentes tranches d’âges la question fatidique de « combien tu gagnes ? ». On remarque dès lors que les personnes de moins de 30 ans sont plus enclin à répondre du tac-au-tac leur salaire, peu importe leur métier. A contrario, les personnes de plus de 30 ans restent vagues sur le sujet : « pas grand-chose » nous répond Marvin, commercial de 32 ans.

Pour conclure ? Avantages et inconvénients

La nouvelle génération est prête à donner le change, et c’est tant mieux, car tout porte à croire que lever le voile sur ce sujet est le mieux à faire. Plusieurs avantages portent sur la transparence des salaires en entreprise :

  • Un levier vers la réussite, ce rapport conflictuel avec l’argent peut souvent nous empêcher de réussir nos projets.
  • Une compréhension de l’égalité salariale entre les hommes et les femmes, dans l’augmentation annuelle, dans les promotions, dans les congés de maternités.
  • Une meilleure ambiance de travail, va permettre un ouverture du dialogue et instaurer un climat de confiance ainsi que limiter le syndrome de l’imposteur.
  • Une source de motivation, on se base sur l’échelle de salaires, et donc toujours vouloir faire mieux, monter au niveau supérieur.

Les inconvénients peuvent être principalement les avantages qui tourneraient d’une manière différente, donc un risque à prendre :

  • Une ambiance plus compliquée qui va créer des conflits et engendrer une concurrence malsaine, un sentiment de tension et de gêne dans l’équipe.
  • Une rémunération qui se fige, un chiffre écrit est plus difficile à faire bouger car il est ancré, une peur de l’évolution.

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